OSTÉOPATHIE ET CYSTITE INTERSTITIELLE

La cystite interstitielle est une pathologie inflammatoire de la vessie se distinguant de la cystite infectieuse même si les deux pathologies semblent liées.
La pollakurie (les envies fréquentes d’uriner) dominent le tableau. La vessie dès lors qu’elle se remplit, s’étire or son épithélium (tissu) est très fragile et peut provoquer une douleur insupportable. On dit que la vessie « pleure du sang » dès lors que la cicatrisation est inférieure à son inflammation. mais uriner est aussi source de grandes douleurs car l’urètre est aussi inflammé.

Cette maladie est bien sûr pluri-factorielle. Le stress (au sens physiologique - cf
principes) avec sa production de cortisol diminue les processus de cicatrisation. La prise en charge ostéopathique doit être globale. Il faut chercher l’ensemble de toutes les épines irritatives stimulant le cycle de l’inflammation et de l’excitabilité neuro-musculaire.

Au niveau local, le premier traitement ostéopathique sera la manipulation de l’urètre (attention elle se fait
obligatoirement en toucher vaginal, voir Législation).

Explications :

La création de l’urétrite :
  • Dans la page précédente, nous parlions de l’urètre à propos des forces de rétention. Chez la femme, ce canal qui est situé juste derrière le pubis est souvent malmené et le siège d’inflammations. L’urètre en bonne santé est un cordon plat, qui ne doit se sentir que très peu sous le doigt. En cas d’inflammation ou d’infection urinaire, le volume de l’urètre commence à augmenter et ce cordon plat devient cylindrique, jusqu’à devenir gros comme le corps d’un crayon à papier (comme un biceps quand on fait de la musculation). Cela est du aux multiples contractions liées à son irritation.
  • La muqueuse se fragilise et devient villositaire. L’inflammation a pour conséquence une remaniement du tissu qui alors devient creux à certains endroit, des villosités se créent. A chaque miction de petites collections d’urine se placent dans ces villosités et irritent l’urètre d’avantage. C’est pourquoi on conseille aux femmes d’aller uriner après les rapports. La verge en frottant à la face postérieure de l’urètre, décolle les collections d’urine sur une muqueuse fragilisée qui peut alors être le siège d’infections.

Les conséquences de l’urétrite :
  • Elles sont triples :
    • un urètre qui a augmenté de volume devient moins efficace. Il est plus court (fibres longitudinales) et on ne peut contracter d’avantage un muscle qui l’est déjà ! L’augmentation des pressions vésicales ne sont plus amorties (à l’effort, au rire, éternuement, toux, …) et apparaissent les incontinences liées à l’effort. De plus il existe toujours un volume résiduel, puisque l’urètre est toujours contracté (mais de la mauvaise façon). Cela peut expliquer les symptômes de pollakuries (mictions fréquentes car la vessie n’est jamais vraiment vidées). Attention ce signe clinique peut être rencontré lors du diabète ou lors de certaines infections intestinales.
    • Un urètre contracté et villositaire est douloureux. Le passage de l’urine brûle. Cette inflammation ou urétrite est très fortement associée aux infections urinaires et le diagnostic doit être fait avec une recherche de germes dans les urines, sous peine de prendre des antibiotiques pour rien. Une inflammation douloureuse n’est pas une infection bactérienne !
    • L’inflammation se caractérise par un œdème. Ce gonflement du tissu provoque une diminution de l’écoulement d’un petit liquide de protection de l’épithélium sécrété par des petites glandes en périphérie de l’urètre. Il est de moins en moins protégé de l’acidité de l’urine et le cercle vicieux se met en place !

Pasted Graphic
Kamina. Précis d’anatomie clinique. Tome 4. Maloine, 2005.


De l’urétrite aux infections urinaires et vaginales :

  • L’évolution de cette urétrite est l’inflammation généralisée de la zone. Cette inflammation se diffuse du fait de l’anatomie qui se constitue de multiples plans tissulaires différents. A chaque passage de l’inflammation dans un plan tissulaire différent correspond une pathologie.
    • Lorsque c’est au niveau vaginal, cela peut provoquer des spasmes musculaires des muscles superficiels provoquant des douleurs à la pénétration (cf dyspareunies). Cela peut aller jusqu’au vaginisme qui est une contracture permanente des muscles superficiels du vagin rendant la pénétration impossible. La muqueuse vaginal se modifie progressivement et peut devenir le siège d’infections à répétition.
    • Lorsque c’est au niveau des cloisons superficielles et moyenne cela peut provoquer une Bartholinite (inflammation des glandes de Bartholin) pouvant provoquer un kyste et secondairement une infection.
    • Lorsque l’inflammation diffuse entre les plans moyens et profonds, cela peut fibroser le canal dans lequel passe le nerf pudendal. C’est le tableau de la pudendalgie. Attention, la pudendalgie peut avoir d’autres origines, notamment la sur-utilisation des rotateurs de hanche. Ce qui se voit fréquemment chez les patientes danseuses qui se plaignent de douleurs localisées au niveau du bassin. Le nerf pudendal ainsi que son paquet vasculaire passent dans une petite loge fibreuse à la face interne de l’aponévrose d’un muscle que l’on appelle obturateur interne. Les douleurs sont volontiers génitales, irradiant à la vessie, aux grandes lèvres (ou testicules), mais il existe fréquemment une perturbation de la sphère lombo-pelvienne rendant le diagnostic peu aisé, en raison des nombreux symptômes qu’une pudendalgie peut provoquer (cf pudendalgie).
    • Lorsque cette inflammation diffuse au niveau péritonéal, les adhérences peuvent se créer au niveau de l’utérus, de ses ligaments suspenseurs et de l’intestin grêle (cf dyspareunies).

De l’urétrite à la cystite interstitielle :
  • Enfin cette inflammation peut remonter au niveau de la vessie donnant ce qu’on appelle une cystite interstitielle. Les tissus sont tellement inflammés qu’ils sont devenus le terrain d’infections à répétition et cela évolue en cercle vicieux. Plus c’est inflammé, plus le terrain est propice aux infections, plus il y a d’infections, plus le terrain est fragilisé et inflammé !


Waligora, Perlemuter. Anatomie. Abdomen et petit bassin. Tome 2. Masson, 1975.


LE TRAITEMENT OSTÉOPATHIQUE :
C’est une pathologie multifactorielle. il faudra bien sûr travailler sur toutes les conséquences que l’inflammation a pu provoquer et ce tant au niveau local qu’à distance (niveau cognitif compris !).

  • Au niveau local, le traitement se fera sur la libération tissulaire de la vessie et de toute l’anatomie du petit bassin. Il faudra restaurer les plans de glissement entre les divers feuillets aponévrotiques et péritonéaux de façon à ce que les organes puissent disposer de sang neuf et d’un drainage suffisant.
  • La libération tissulaire de la vessie et des organes qui lui sont liés diminuera l’inflammation progressivement.
  • Le traitement de l’urètre est bien sûr le temps fort du traitement. La levée des tensions, l’aplanissement des villosités et le retour à un urètre plat se fera localement en toucher vaginal (voir législation).