L’environnement nous modèle

Comme je l’ai déjà expliqué dans les pages précédentes, nous nous construisons en fonction de l’évaluation que nous faisons de l’environnement et nous construisons l’environnement à l’image de ce que nous sommes.

Cette simple phrase mérite d’être décortiquée.

1. Nous nous construisons en fonction de l’évaluation que nous faisons de l’environnement :

Il existe de grands programmes génétiques, certains gènes (comme les chronogènes) permettent à des contingents cellulaires de se multiplier, migrer, se diviser ou mourir à telle date. J’aime beaucoup prendre l’exemple que J.P Gasc prend dans son livre : Histoire naturelle de la tête (Gasc 2004). Des gènes constructeurs (homéobox) sont « programmés » pour s’exprimer à un moment « t » donné. Nous avons les mêmes gènes de construction que l’oiseau ou le cheval. Ce sont les mêmes molécules. La seule différence est le moment où elles s’expriment. Au niveau de l’embryogenèse (formation de l’embryon) à quelques heures près, ces gènes formeront une tête d’oiseau, de cheval ou d’Homme.
Pourquoi ? Parce qu’en s’exprimant à des moments différés, les cellules ne vont pas rencontrer le même milieu environnant. Fabuleusement troublante comme histoire. Cela veut dire que nous avons un programme génétique qui nous offre une formidable stabilité, mais que l’environnement est responsable des différentes expressions de ce programme. Ici l’environnement est cellulaire. Il en est de même pour un environnement familial, affectif, social… En allant beaucoup plus loin E. Farge propose une expérimentation changeant les paramètres mécaniques qu’une cellule subie lors de ses divisions.
« L’expression des gènes du développement peut être déclenchée par une déformation mécanique du tissu embryonnaire. Une étape de « mécanotransduction » convertit le signal mécanique en signal biochimique qui active cette expression. En d'autres termes, il est possible de « reprogrammer » mécaniquement la génétique du développement » (Farge 2009). Cette expérience exclue à elle seule l’existence du chronogène, mais rend l’environnement complètement responsable du développement génétique et cellulaire.
J.C Ameisen racontait lors d’une soirée conférence l’histoire troublante d’une étude japonaise. Une lignée de souris « A » avec des caractères définis est élevée par des souris d’une lignée « B ». Petit à petit, les souris de cette lignée « A » prennent les caractères de cette lignée « B ». Mais l’étude continue, les femelles de cette lignée initialement « A » donnent naissance à des enfants qui eux aussi ont les caractères de cette lignée « B ». Ameisen parle alors de transmission épigénétique. C’est à dire une transmission de caractères non pas transmis par le gène, mais par l’environnement !!

L’environnement nous modèle quelque soit nos conditions génétiques du démarrage. La question, hautement scientifique, qui se pose alors est : dans quelle proportion ? Nous ne savons pas encore. Le juste milieu serait peut être ce que proposent Cohen-Levy et Berdal, dans un article comparant les croissances différentes de jumeaux homozygotes (issus du même œuf) : "A la lumière des expériences récentes, qui montrent que les contraintes transmises aux tissus, puis aux cellules, sont transformées en signaux qui, à leur tour, régulent l'expression génique, la prolifération cellulaire, la maturation et la synthèse de matrice extra-cellulaire, il ne convient plus d'opposer le composant environnemental au composant génétique. Il s'agit plus de percevoir leur contribution respective, qui peut différer considérablement en fonction des structures."

Quel est le rapport avec la thérapie somato-émotionnelle ?
Tout comme il faut faire la part des choses entre des parents « géniteurs », c’est à dire offrant un patrimoine génétique à l’enfant, et des parents « environnementaux » (offrant ou non, amour, sécurité, respect, écoute, partage, temps, …), il est important de comprendre que nous sommes le produit de notre adaptation à notre environnement. Cyrulnik parle de résilience, je dirais que nous faisons sans cesse les meilleurs choix possibles dans une condition donnée et que ces choix, même si on pourrait penser qu’ils ne sont pas très adaptés à la situation conviennent de toute façon car pour le patient il s’agit des meilleures adaptations possibles. Le thérapeute (pour citer Freud) peut alors être dans une écoute bienveillante et neutre, sans jugement puisque le patient, même en difficulté est le produit de ce qui l’a façonné.


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  • Farge E. (2009). L’embryon sous l’emprise des gènes et de la pression. Pour la science;379:42-49.

  • Gasc JP. (2004). Histoire naturelle de la tête. Leçon d’anatomie comparée. planète vivante. Vuibert.