• L’ostéopathe et l’orthopédiste dento-facial ont énormément de points communs.

  • La première idée me vient d'une réflexion désastreuse d'un pédiatre rapportée par une maman. Elle se plaignait de la forme du crâne de son enfant atteint d'une plagiocéphalie (le crâne était plat d'un côté). Le pédiatre lui aurait dit que ce n'était pas grave car les cheveux allaient repousser. Hélas, comme j'entends cette phrase trop souvent, je ne peux croire à une mauvaise interprétation de la maman.

  • Cette condamnation aux conséquences sur la croissance morphologique crânio-faciale et sur la mise en place des fonctions sensori-motrices est aussi dramatique que la réflexion qui consiste à dire que les garçons auraient moins besoin d'orthodontie (orthopédie dento-faciale) que les filles, parce que lorsque l'on est une fille il faut trouver un mari…

Je mets des points de suspension, vous aurez compris ma pensée.

  • Oui l'ostéopathie a des visées esthétiques, comme l'orthopédie dento-faciale, mais pas seulement.

  • Au fur et à mesure que les pages de ce site se rempliront, nous verrons à quel point, les perceptions sensorielles et sensitives permettent l’exploration motrice et la commande musculaire. Nous nous percevons car nous bougeons. Pour Edelman (prix Nobel de médecine) ce n’est qu’après la commande motrice que la conscience et l’intentionnalité du geste peut émerger. Alors quid d’un enfant dont le crâne est aplati, qui présente une rotation cervicale préférentielle et donc explore le monde que d’un seul côté !


  • Avant d’aller plus loin, revenons sur la notion d’expériences sensorielles et sensitives.

  • Kant disait que « l’expérience est le produit que notre entendement obtient en élaborant la matière brute des sensations. Elle dit ce qui est, mais non comme il faut que cela soit ! »  très belle phrase, mais elle présuppose une conscience capable d’entendement. Il manque donc le premier niveau. Quand commence t’on à prendre conscience que l’on bouge et que nous sommes en exploration ? Descartes a apporté un début de réponse en séparant ce qui est en nous de ce qui est en dehors de nous (la « res extansa » et la « res cogitans »). Dit différemment, la posture que l’on a, l’ensemble de toutes nos perceptions (somésthésiques et proprioceptives) nous servent pour évaluer, et prendre conscience de notre environnement, et l’environnement nous adresse en retour une perception de nous même. Sommes-nous en train d’évaluer l’environnement, ou sommes-nous en train de nous évaluer grâce à l’environnement. Notre construction première dépend finalement de cet aphorisme attribué à Tchouang t’seu : « Sommes-nous un Homme qui rêve d’être qu’il est un papillon, ou bien un papillon qui rêve d’être un Homme ? »


  • Belle image que de réexplorer cette aphorisme à l’aune des neurosciences…


  • Avoir une tête droite, avec des articulations mobiles, des circulations artério-veineuse et céphalo-rachidienne (liquide céphalo-rachidien) fluides, l’ensemble de tous les nerfs crâniens libres à leurs émergences du crâne au travers de leurs foramen (trous et canaux), participent à la meilleure des croissances rachidiennes et périphériques, à la meilleure fonctionnalité de notre système cardio-pulmonaire et digestif (puisque le nerf vague est un nerf crânien et qu’il émerge à la base du crâne), à la meilleure des mises en place de la « res cogitans » élaborée à partir de la perception de la « res extensa » qui en retour, dans un dualisme complémentaire permet de réélaborer une nouvelle perception de cet espace environnant.


  • L’ostéopathie n’est pas que esthétique, on ne remet pas les crânes des nourrissons droit (ortho) pour faire joli, de même, les orthodontistes ne mettent pas appareils « que » pour le joli sourire de mademoiselle-pour-qu’elle-trouve-un-mari et avoir le sourire « ultra-brite » conforme à l’eugénisme américain.


  • Sutherland disait dans la conférence donnée à Rhode Island en 1949 à propos des asymétries crâniennes, qu’il qualifiait de jeunes pousses courbées : « Quelques « jeunes pousses courbées » comme je les appelle ont commencé à cause d'un mauvais alignement acquis juste après la naissance, parfois avant, et ont grandi comme elles ont pu. Sur le plan mécanique, ces crânes ne présentent pas l'image idéale de la tête humaine normale, mais ils ont une capacité fonctionnelle et fonctionnent – jusqu'à ce que la croissance rencontre de la résistance générant finalement la dysfonction quelque part. Il est souvent nécessaire de se torturer l'imagination pour comprendre la normalité chez le patient. » L’ensemble du texte est sur le site (-> Lien sur la conférence).



Dans cet onglet sur l’ostéopathie et l’orthodontie je développerais la croissance crânienne vue par les orthodontistes, et la coopération entre ces deux professions (à venir).

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