Pour comprendre comment l’Ostéopathe et l’Orthodontiste doivent collaborer ensemble, il faut connaitre la notion de chaine montante et de chaine descendante. Ce sont des notions largement utilisées en thérapeutique fonctionnelle. Les méthodes de type Mezière, Godelieve Denys-Struyf, Busquet, mais aussi d’autres méthodes, travaillant sur les réflexes archaïques, utilisent ce concept.


LES CHAINES MONTANTES :
Les exemples sont parfois plus pédagogiques que la théorie. Imaginons un patient avec une entorse de cheville non traitée. Afin de ne pas mettre en tension les ligaments abîmés, le patient va privilégier un certain type d’appui, lequel par effet mécanique va modifier sa statique pelvienne. Suivant la souplesse articulaire, la maturation neurologique, la compensation peut se faire sur une seule articulation (sacro-iliaque ou pubis par exemple) ou bien sur l’ensemble du bassin. La statique rachidienne lombaire va s’en trouver affectée.

  • Si on raisonne avec un modèle biomécanique, les tissus de la région lombaire, vont prendre la corde, et les tensions, avec un amortissement qui dépend de la souplesse initiale du sujet, vont se propager jusqu’à la charnière cervico-crânienne du sujet, modifiant l’axe des canaux de son oreille interne et l’horizontalité de son regard.

  • Si on raisonne avec un modèle neuro-postural, l’intégration centrale de sa boiterie d’évitement (cheville) peut provoquer de multiples réponses, en fait à tous les niveaux, genou, hanche bassin, région lombaire, dorsale et cervicale. Les muscles oculo-moteurs, ne semblent pas épargnés et même l’ouverture buccale (gérée par le tonus des muscles masticateurs) peut s’en trouver affectée.



LES CHAINES DESCENDANTES :
C’est le même principe, mais du haut vers le bas. Imaginons un patient ayant une une extraction d’une dent de sagesse.
  • Si on raisonne avec un modèle biomécanique, l’irritation, l’inflammation de la région peut provoquer une augmentation de tonus unilatéral (d’un seul côté) de ses muscles masticateurs (le ptérygoïdien latéral par exemple, voir innervation motrice). Cette hypertonie (augmentation du tonus musculaire) va obligatoirement provoquer une contraction des muscles cervicaux puisque, la tête tient sur le cou ! Cette contraction musculaire cervicale va être amortie tout le long de la colonne vertébrale jusqu’au bassin.

  • Le principe est simple, c’est comme les dominos. Pour bouger le petit doigt, je suis obligé auparavant de stabiliser mes phalanges, mon poignet, mon coude, mon épaule et mon omoplate, donc mon dos. Pour serrer les dents, je suis obligé de stabiliser ma mâchoire, mon rachis cervical, dorsal, lombaire et mon bassin.

  • Si on raisonne avec un modèle neuro-postural, il faut voir l’inflammation inhérente à cette opération comme une épine irritative. Les mécanismes reliant cette épine irritative aux conséquences neuro-musculaires, ne sont dans l’état actuel des connaissances scientifiques que pure spéculation. La plupart des études cliniques montrent qu’en modifiant la façon dont le cerveau peut percevoir ce que nous appelons une entrée du système postural, il existe des conséquences sur l’ensemble du corps. Ainsi, maintes études montrent les relations neurologiques entre les muscles masticateurs et les muscles extra-oculaires, les muscles cervicaux, les rotateurs de hanche, les éverseurs de cheville…Mais pour le moment aucune étude n’explique le fameux « comment ça marche » !


L’ORTHODONTIE ET OSTÉOPATHIE
Heureusement, de plus en plus d’orthodontistes (orthopédistes dento-facial ou ODF) se posent la question : la dysmorphose ou l’anomalie de croissance de la face que présente mon patient est-elle à l’origine de dysfonctions plus bas situées dans le corps, ou bien est-elle le reflet de ses dysfonctions ?
C’est toute la problématique de l’orthodontie. Si on regarde un crâne de profil et que l’on sépare le neurocrâne (l’arrière de la tête), du splanchnocrâne (la face), on se rend compte de plusieurs choses dont :
  • Harmonie. Les deux composantes (l’arrière et l’avant du crâne) sont harmonieux dans leurs rapports, taille, morphologie. C’est le principe de l’harmonie mathématique de l’univers. Les travaux de Delattre et Fénart sont remarquables à ce propos (voir théories génétiques)

  • Interdépendance. L’ensemble de toutes les structures sont interdépendantes entres-elles. Le placement, la taille, la morphologie,… d’une pièce, influe réciproquement sur l’ensemble des autres pièces du crâne. C’est le principe de la croissance secondaire, unifiant les relations inter- et intrastructurelles. Cuvier nous disait : «Tout être organisé forme un ensemble, un système unique et clos dont les parties se correspondent mutuellement et concourent à la même action définitive par une action réciproque. Aucune de ces parties ne peut changer sans que les autres ne changent aussi. Par conséquent, chacune d’elles prise séparément indique et donne toutes les autres».

  • Equilibre. Chaque structure, en relation immédiate ou plus à distance avec les éléments anatomiques, reçoit, absorbe et redistribue les contraintes mécaniques qu’elle subit. C’est la loi de conservation et d’équivalence de l’énergie et de la matière que nos amis Lavoisier ou Einstein ont largement décrit. D’Arcy Thompson nous rappelle : «Il est, dès lors, légitime de décrire en terme «d’action d’une force», la forme de toute parcelle de matière, vivante ou morte, tout comme les modifications de cette forme qui se traduisent dans ses mouvements et dans sa croissance. La forme d’un objet, n’est qu’un «diagramme des forces» … qui ont agi ou agissent encore sur cette forme».


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Alors devant ces principes universels, valables pour tout le vivant et le non vivant, comment peut-on imaginer, que
l’Harmonie, l’Interdépendance et l’Equilibre s’arrêtent au crâne seul, et qu’il n’existe pas de relation plus importante que cela avec le reste du corps. C’est une ineptie !
LA COLLABORATION :
Elle doit se faire dans les deux sens. L’ostéopathe doit pouvoir adresser son petit patient à l’orthodontiste et réciproquement. Nous allons envisager 4 cas cliniques différents. Pierre qui présente une dysfonction en dehors du crâne bénéficiant soit d’un traitement ostéopathique, soit d’un traitement orthodontique, ou bien l’inverse la dysfonction est crânienne, et Pierre voit un ostéopathe en premier ou un orthodontiste. Pour ne pas alourdir le texte, l’iconographie est à la fin de la page.

Pierre a une dysfonction cervicale, il voit un ostéopathe :

  • La maman de Pierre 9 ans consulte car il a un torticolis congénital. En effet, l’examen clinique montre que les relations entre son rachis cervical supérieur et la base de son crâne sont perturbées. Mais comme il existe un principe d’interdépendance, les compressions basi-crâniennes se retrouvent aussi au niveau de la face, avec un maxillaire limité dans sa croissance. Pierre présente un inversé d’articulé (les dents du dessus, croisent latéralement les dents du dessous). Toutes les dents n’auront pas leur place. Je vais profiter du traitement orthodontique qui sera une disjoncteur pour améliorer d’une façon significative les relations structurelles de la base du crâne (activité ostéogénique du disjoncteur sur la synchondrose sphéno-basilaire).
  • Si je reste seul dans mon coin, sans adresser Pierre pour un traitement conjoint, c’est une erreur médicale, car il faut redonner du volume au maxillaire et c’est le métier de l’orthodontiste. De mon côté, je n’aurai pas l’aide du disjoncteur pour mobiliser plus facilement les articulations du crâne et du cou.

Pierre a un symptôme, l’inversé d’articulé, dont la cause est un torticolis congénital insuffisamment traité. Il consulte un orthodontiste (ODF) :
  • L’orthodontiste place un disjoncteur pour augmenter la croissance du maxillaire causant l’inversé d’articulé. Mais, il ne se rend pas compte que les dents sont la dernière extrémité de ce qui tient le torticolis. Explications : Du fait des principes d’Interdépendance, d’Equilibre et d’Harmonie, le cou tordu (torticolis) va exprimer des contraintes qui vont siéger dans tout l’ensemble du corps, dont les dents, lesquelles sont bien calées par l’inversé d’articulé. Si on libère ce verrou antérieur, on lâche la pédale de frein. Il existe des rumeurs disant que l’orthodontie créerait des scolioses. Bien sûr c’est faux, mais on comprend qu’un traitement orthodontique peut avoir des conséquences et que libérer une fonction c’est bien, mais faut-il encore que le reste du corps puisse la prendre en charge !

Pierre consulte un ostéopathe car son ophtalmologue constate que la myopie de son œil droit augmente :
  • Les diamètres (l’aspect sphérique) de la cavité orbitaire dépend des pressions de l’œil, mais aussi de son environnement osseux. Pierre présente une asymétrie de croissance, ses structures crâniennes ne sont pas parfaitement alignées. Lors de la croissance, on observe un phénomène de flexion des articulations et des structures du crâne. Ce phénomène à tendance à éloigner les structures postérieures comme l’occiput, des structures antérieures comme le sphénoïde. Cela met naturellement, une grande membrane qui est à l’intérieur du crâne (la faux du cerveau et tente du cervelet- c’est de la dure-mère-) et dont la tension est dépendante des muscles cervicaux postérieurs. Lors de la création embryologique de l’œil, des éléments qui le composeront traversent cette membrane, si bien que la couche externe de l’œil est directement issue de ces membranes. Si trop de tensions musculaires postérieures, alors il peut y avoir une diminution dans le sens vertical de la croissance du globe oculaire. mais la flexion a tendance au niveau du sphénoïde (l’os du devant) a diminuer aussi les rapports spatiaux verticaux entre ce que l’on appelle les ailes du sphénoïde. Ces ailes forment le fond de la cavité orbitaire.
  • Dans cette relation contenant/contenu, l’oeil diminue son diamètre vertical et peut ainsi augmenter une myopie. Attention, il existe beaucoup de causes différentes dans une myopie, dont génétique et cela n’a rien à voir avec la forme du crâne. Toutes les myopies ne sont pas dues aux causes citées dans cet exemple.
  • L’ostéopathe va travailler au niveau cervical pour détendre les muscles, au niveau crânien pour détendre ces membranes (dure-mère), mais une fois de plus, l’apport de l’orthodontie, lorsqu’elle est adaptée va beaucoup aider car les forces employées pour traiter cette dysmorphose (asymétrie de croissance) vont pouvoir débloquer maintes structures, dont le bassin, les hanches et les membres inférieurs.

Pierre présente une asymétrie de croissance (dysmorphose) et voit un orthodontiste :
  • L’orthodontiste (ODF) va poser son appareil, de manière à stimuler la croissance et le bon alignement des dents. Mais l’ensemble des contraintes existantes au niveau crânien se sont reportées vers les bas (chaines descendantes) et à force créer des dysfonctions, dont une tension trop forte au niveau de son dos se répercutant sur ses muscles cervicaux, la dure-mère et son œil. Si l’ODF travail seul dans son coin, il va avoir un résultat, mais au bout de combien d’années de traitement multibagues ? Dans ces cas là, il n’est pas rare d’observer un retour à l’état d’origine lorsqu’on enlève les bagues. C’et pourquoi certains orthodontiste laisse une attache, une contention derrière les incisives pendant encore de nombreuses années. Il existe une solution ostéopathique aux instabilités des traitements orthodontiques (et réciproquement) !
  • Si il existe une collaboration ODF/Ostéopathe, ce temps peut être largement réduit.

Résumé de ces 4 exemples :
  • Il est parfois nécessaire à l’ostéopathe de faire appel à l’orthodontie lorsqu’il existe une dysmorphose crânienne. Il est primordial qu’avant tout traitement orthodontique de réaliser un bilan ostéopathique pour savoir s’il existe des chaines montantes ou descendantes afin de prévenir les déformations du rachis liées au traitement orthodontique et dans d’autres cas d’accélérer le traitement ou en encore de soulager les douleurs ou les gènes fonctionnelles liés au port d’un appareil.


PLAIDOYER POUR L’OSTÉOPATHIE
Si l’adulte élabore ses postures (cognitives, affectives, intellectuelles, morphologiques, neuro-toniques,…) en fonction de :

  • ce qu’il perçoit de l’environnement,

  • ce qu’il projette sur l’environnement

c’est parce qu’il a accès à une bibliothèque de souvenirs, conscients ou non. Ses postures lui servent de références mais sont aussi référencées par l’environnement (cf, le développement). Aussi qu’elles peuvent être les adaptations posturales (au sens large du terme) de l’adulte ayant eu un appareil dentaire alors que son développement morphologique facial ne reflétait qu’une contrainte cervicale haute !!



Page en cours de réalisation, l’iconographie arrive…


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