LE FONDATEUR : Andrew Taylor STILL

  • Le premier penseur de l’ostéopathie fut Andrew Taylor Still. Il est né le 16 août 1828 en Virginie. Son père était pasteur de l’Église Méthodiste et avait la double activité de fermier et de médecin.

  • A.T Still fut d’abord ingénieur et c’est en 1845 qu’il commença ses études de médecine à l’université du Missouri. L’enseignement médical le laisse sceptique et il préfère utiliser son savoir mécanique et physique pour l’appliquer à l’anatomie plutôt que de suivre les dogmes de l’université.

  • “Toutes les autorités que j’avais rencontrées ne pouvaient détacher leurs yeux des effets pour les tourner vers les causes”.

  • Pour bien comprendre Still, il est essentiel de garder présent à l’esprit qu’il a toute sa vie évolué sur le modèle de base proposé par le méthodisme (doctrine évangéliste protestante). Puisque Dieu est parfait, ses créatures le sont aussi :

  • “Soit Dieu est Dieu, soit il ne l’est pas. L’ostéopathie est la loi de Dieu et quiconque pouvant améliorer la loi de Dieu serait supérieur à Dieu lui-même. L’ostéopathie vous ouvre les yeux pour voir et voir clairement. Sa pratique recouvre tous les aspects de la maladie et c’est la loi qui maintient la vie en mouvement”.

  • Plus tard, quand il perdra quatre de ses enfants lors d’une épidémie de méningite, il dira :

  • “Dieu n’était pas un Dieu d’incertitude, mais un Dieu de Vérité. Et toutes ses œuvres, spirituelles et matérielles, sont harmonieuses. Un Dieu si avisé a certainement placé un remède au sein de la demeure matérielle dans laquelle habite l’esprit de vie”.

  • Ce qui veut dire que la solution de la guérison est dans le corps et que Dieu ne donnerait pas la maladie, s’il ne donnait les moyens de la guérir. Il travaillera sur ce concept pendant toute sa vie. Cela nous fait penser à une phrase de K.G. Jung : “La maladie est l’effort que fait la nature pour nous guérir” (cf ostéopathie somato-émotionnelle)

  • En 1877, il déménage et vient habiter à Kirksville (état du Missouri) où il fondera en 1892 “the American school of ostéopathy”.

  • Il décédera en 1917, après avoir entraîné beaucoup de monde dans son sillage dont John Martin Littlejohn et William Garner Sutherland.


Ostéopathie et Dieu :

  • Même si le titre d’ostéopathe vient d’être reconnu par les autorités françaises, l’ostéopathie présente de nombreux détracteurs. Un des arguments les plus couramment utilisés est que l’ostéopathie serait une religion, et que les textes fondateurs de l’ostéopathie sont ceux d’une secte plaçant Dieu comme le grand architecte de nos fonctions et dysfonctions.

  • Avec les citations de Still que je mentionne à dessein, nous ne pouvons pas dire le contraire. En revanche, on doit avoir l’intelligence de prendre le recul nécessaire et replacer le pensée stillienne dans son contexte historique. Nous sommes en Amérique, fin XIXème. C’est une Amérique puritaine, dans laquelle, il n’est pas concevable d’expliquer ce qui ne peut encore l’être en disant : “je remarque que, …, mais je ne peux l’expliquer”. Dieu est forcément à cette époque et à cet endroit là, l’explication. Nous sommes aujourd’hui au XXIème siècle, les ostéopathes préfèrent aujourd’hui les explications ou les doutes apportés par la science, plutôt que les certitudes religieuses.


Ostéopathie et la médecine :

  • Une autre remarque concerne ce fondateur. Il s’agit du rejet total de la médecine. Cette personne croyait en la médecine, mais une fois que ses enfants seront décédés, il en fera un rejet total. L’analogie avec la parabole de Nietzsche sur le funambule est facile : on croit au surnaturel jusqu’à ce qu’il tombe.

  • Les ostéopathes français, jusque dans les années 1995, restaient fidèles à ce rejet de la médecine. Ils ont construit des raisonnements parfois justes, parfois faux, mais toujours en opposition avec la médecine. Ce qui est bien sûr dommageable pour notre profession. On ne peut grandir en se construisant en opposition par rapports à ses pairs, mais qu’en ayant la liberté de prendre ou de ne pas prendre ce qu’il y a d'intéressant. L’ostéopathie française à donc un gros retard par rapport à la médecine qui, elle, a su évoluer.

  • A mon sens, c’est le gros reproche que l’on peut faire à l’ostéopathie : la transmission dans les écoles d’un savoir datant du début du siècle dernier, sans aucune remise en question. Je pense à certaines techniques crâniennes qu’on explique toujours par les données neurophysiologiques de l’époque. Les étudiants sont influencés par ces dogmes tout faits et bien sûr irréfutables sous peine d’être le mouton noir de la promotion. C’est à dire que les enseignants transmettent leurs propres limites, sans justification scientifique.

  • Ce constat est sévère, parfois injuste, beaucoup d’enseignants font aussi de la recherche et commencent à vouloir transmettre seulement ce qui a été validé et donnent comme historique ce que certains continuent à transmettre en certitude.


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